Mercredi 8 novembre 2006
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SÉGOLÈNE ROYAL: LE RISQUE SALUTAIRE
Aujourd'hui les commentateurs et observateurs de tous bords sont perplexes, voire démunis face au phénomène Ségolène Royal. Cette situation les déconcerte et parfois les rend furieux.
Pourquoi n'est-elle pas ce que logiquement elle devrait être à leurs yeux, ce perroquet savant qui récite une leçon bien apprise et bien rodée et dont on peut prévoir à l'avance les réponses? Pourtant elle devrait être conforme…Elle sort de l'ENA, elle fait partie de l'élite prévisible. Alors quoi ?
Après avoir constaté avec amusement que son non-conformisme faisait des ravages dans l'opinion, on craint aujourd'hui que cela perdure et ne devienne un réel atout électoral. Alors les explications pleuvent. C'est une femme, séduisante qui ne sait que sourire: c'est bien la preuve qu'elle n'a rien à dire, et donc n'a rien dans la tête.
La démocratie participative ? Un gadget pour Présidente de Région en mal de reconnaissance et certainement pas une vraie solution pour faire adhérer nos compatriotes au débat politique. Même accusation pour la désignation de jury populaires chargés d'évaluer l'action des élus en cours de mandat: au mieux un joujou pour satisfaire un goût pervers pour les idées poujadistes et au pire un penchant pour les solutions carrément staliniennes permettant d'instaurer les gardes rouges dans notre belle France.
Mais au delà de ces jugements à l'emporte pièce qui concernent ses propositions, il y a aussi les agacements vis à vis du comportement. En effet, pour Ségolène Royal, l'affrontement n'est pas son style, ni sa tasse de thé: quel scandale ! C'est vraiment pas normal. Donc elle refuse le débat et la confrontation des idées. Alors on vous le répète, elle est inconsistante, voire dangereuse pour le camp qu'elle prétend représenter et défendre. Pensez donc, que pourrait-elle espérer avec une telle attitude face à ce génie du débat télévisé qu'est Sarkosy ? Déjà un homme ce sera très difficile, alors pensez donc un femme qui ne joue pas le jeu et qui se refuse aux effets de manches et aux mouvements de menton, c'est perdu d'avance.
Mais malgré toutes ces mises en garde, les Français continuent d'être intéressés et lui accordent un intérêt marqué. Alors comment peut-on l'atteindre ? Le scandale ? pas encore, c'est trop tôt. Le mensonge ? De même, il sera toujours temps de le mettre en œuvre. Alors on cherche dans les archives. Exemple: le candidat Mitterrand s'exprimant clairement sur son engagement contre la peine de mort,tout en sachant que l'opinion ne le suivait pas sur cette voie. Par similitude, pourquoi Ségolène Royal n'a-t-elle pas la même attitude à propos de l'entrée de la Turquie dans l'Union Européenne ? Comme si la situation et le sujet étaient de même nature ! On voit bien le but de la manœuvre dans cette comparaison; car enfin le problème de la peine de mort concernait uniquement la France, alors que le problème de la Turquie engage non seulement notre pays, mais doit répondre aux conditions imposées par l'Union Européenne. Pourquoi n'a-t-on pas la même exigence avec les autres candidats ? Quel aveu !!
Mais, il est à craindre que l'entreprise de démolition ne s'amplifie. D'abord parce qu'il est tout à fait anormal qu'une femme se mêle d'affaires, jusqu'à ce jour, tenues par les hommes. C'est un désordre en soi. Au surplus elle refuse de s'inscrire dans le jeu traditionnel « des hommes » : celui de la harangue, des discours enflammés, des effets de style à la télé, cette place privilégiée qu'occupent les hommes de tout temps.
En effet, elle affiche une préférence pour la rencontre simple et directe où la part de l'écoute l'emporte largement sur la promesse électorale formatée déclamée du haut d'une tribune, spécialement conçue pour débat conventionnel. Ce qui déclenche des colères organisées dans les rangs mêmes de sa famille socialiste et se traduisent par des prises à partie publiques dangereuses.
Alors tout ceci déconcerte et inquiète. On vous le répète, cette candidature constitue le risque majeur que nous prendrions en la soutenant. Usurpée, suspecte, elle n'offre aucune des qualités indispensables: compétence, ténacité, expérience, connaissance, …A-t-elle vraiment lu le projet du PS ? Elle avoue même qu'elle n'a pas réponse à tout. A contrario les autres sont légitimes brillants, experts des questions les plus difficiles, courageux, … en un mot aptes et prêts au défi qui les attend.
Eh bien voilà, c'est bien là que le bât blesse. Ce prêt à élire sans risque, sans surprise, c'est aujourd'hui ce dont il faut se méfier le plus, de ces messages rassurants, de ces attitudes taillées sur mesures, de ces promesses enfin, prêtes à l'emploi et distillées par ses concurrents. Autrement dit, des candidatures du coin du feu qui balisent le terrain et ne dérangent pas. Ces candidatures qui prolongent et mettent leur pas sur les traces laissées par les prédécesseurs. Du réchauffé, du déjà vu et entendu. Autrement dit un risque absolu de n'apporter aucun changement probant pour l'avenir du pays.
Alors risque pour risque, celui proposé par Ségolène Royal est bien plus porteur : pour elle, certes l'urgence de certains problèmes nécessite des mesures immédiates, mais c'est surtout d'avenir et le désir de s'y investir dont il est question. Plus que des recettes sur mesure, elle évoque les valeurs à restaurer et des propositions à négocier. Et tandis qu'ils maintiennent le débat politique dans le statut quo, elle décrit et propose la démocratie participative par le mouvement pour restaurer et refonder notre République. Ne pas voir, ne pas se rendre compte que le phénomène Ségolène Royal est significatif d'une chance à saisir s'apparente à une faute politique majeure. Qu'elle soit ou non désignée, élue ou battue, il y aura désormais un avant et un après Ségolène Royal qui marquera un tournant important dans notre pays.
Enfin, le corps électoral aura envisagé et peut-être décidé qu'une femme peut diriger le pays qui a grand besoin de repenser et recomposer son avenir.